« La Traîne-sauvage » : l’invention d’une forme littéraire pour transmettre.

Récit d’une survivante de Ravensbrück, La Traîne-sauvage n’est pas un simple témoignage. A la manière des œuvres de Semprun et de Primo Levi, ce livre peut prétendre au rang d’œuvre littéraire.

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Couverture de La Traîne-sauvage aux éditions Signes et balises (2014), graphisme de couverture et mise en page de Débora Bertol, source: signesetbalises.fr)

Un besoin de transmission

Engagée dans la résistance comme infirmière pendant son adolescence, Rosine Crémieux est l’une des rares survivantes du massacre de la Luire, la grotte où opéraient clandestinement médecins et infirmières dans le maquis du Vercors.

Déportée à Ravensbrück avec quelques camarades, elle fait l’expérience de la faim, de la peur et de la mort. Ce n’est pourtant pas sur ces points qu’insiste Rosine Crémieux lorsqu’elle parle de son histoire.

Pudique et soucieuse de transmettre son expérience aux plus jeunes, amusée parfois, elle raconte avec quelle insouciance elle et ses camarades chantaient tout au long de la route qui devait les mener au camp.

Son récit revient sur les moments d’amitié qui l’unissaient aux autres filles, sur son besoin de ne pas être séparée des infirmières avec qui elle avait été déportée. Des détails sans importance auxquels Roseline Crémieux doit pourtant l’envie de vivre qui l’a poussée à se reconstruire avec une telle énergie.

Des années plus tard, devenue psychanalyste, Rosine Crémieux partage son expérience avec Pierre Sullivan, son élève et ami. Lorsqu’il l’encourage à écrire sur son passé, elle accepte, à une seule condition : « d’accord, mais avec vous ».

Le dialogue comme forme littéraire

La Traîne-sauvage devient l’invention d’une forme littéraire à deux voix. Entièrement écrite comme un dialogue entre Rosine Crémieux et Pierre Sullivan, elle n’est pas une œuvre d’auto-apitoiement mais un travail d’enseignement et de transmission.

La forme de l’écriture y prend autant de sens que le contenu. Littérature, histoire et humanité s’entremêlent dans ce livre polyphonique.

D’abord publié chez Flammarion, il a été réédité en 2014 par Signes et balises, une jeune maison d’édition spécialisée dans la littérature de témoignage, qui y a ajouté un texte inédit de Pierre Sullivan.

A ceux qui rangent le témoignage dans la catégorie des « sous-littératures » : ne passez pas votre chemin. La Traîne-sauvage a une vraie valeur littéraire.

 

Laura DUTECH-PEREZ

Pour en savoir plus:

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