Critique littéraire: L’Oeil du léopard, rédigé par Henning Mankell

L’Œil du léopard, Seuil, 2012 ((sv) Leopardens öga, 1990), traduction par Agneta Ségol et Marianne Ségol-Samoy

Années 1950. Dans une bourgade du Norrland, Hans Olofson, adolescent élevé par un père rustre et alcoolique, perd ses deux seuls vrais amis. Bouleversé, Hans décide de réaliser le rêve de l’un d’eux : aller en Zambie, sur les traces d’un missionnaire suédois.

1969. L’Afrique le fascine et l’effraie. Dans la jeune république indépendante de Zambie en proie à la violence, Hans rencontre des colonisateurs aveuglés par leur racisme, et des Noirs obéissants qui cultivent la haine des Blancs. Hans accepte d’aider une Anglaise à diriger sa ferme de production d’œufs, puis reprend l’exploitation à son compte. Espérant ainsi échapper à l’engrenage de la violence raciale, il tente alors de mettre en application des idéaux de justice sociale et humaine.

La lecture de cet ouvrage peut paraître monotone lorsqu’on est habitué à la tension palpitante et à l’atmosphère tendue des récits du commissaire Wallander. Et pourtant on retrouve à nouveau le style d’écriture de Henning Mankell qui cette fois-ci apparait sous une autre forme. Dorénavant dans L’Oeil du léopard, le lecteur est invité à méditer avec le protagoniste sur les pensées et doutes qui le traversent durant son périple vers l’inconnu: l’Afrique.

La première particularité de l’oeuvre est que l’auteur jongle avec deux mondes différents que sont les forêts glaciales sans fin de la Suède, et les plaines désertiques mystérieuses de la Zambie. Même si une grande partie de la description de la nature et des paysages se fait en Afrique, celle-ci contribue à renforcer les caractéristiques spécifiques aux pays du nord que sont le froid, la neige, le vent, le silence et autres.

La deuxième particularité de cette oeuvre est qu’elle aborde un sujet rarement approfondi dans l’histoire qui est l’état d’esprit des populations locales au sein de pays post-coloniaux. Non seulement en suivant le protagoniste dans son voyage, nous assistons à un changement de climat radical. Mais nous découvrons aussi une nouvelle image de l’homme qui dans cet ouvrage se fait à travers le regard des citoyens Zambiens. La description de cet état d’esprit avec détail laisse amène à se demander si Henning Mankell est réellement suédois. Et pourtant cet écrivain, fasciné par l ‘Afrique qu’il connait sur le bout des doigts, écrira régulièrement sur ce continent qui le fascine.

Pessimisme absolu pour cette histoire où la haine, la violence et une peur palpable qui gagne le lecteur sont omniprésentes. Entre racisme et incompréhension de part et d’autre, aucun espoir ne semble permis pour que Noirs et Blancs coopèrent et que le continent progresse vers une solidarité des peuples. Mankell, inexorablement, instaure un climat de défiance sombre et ajoute un suspens parfaitement orchestré pour clore un récit aussi dépaysant que tragique.

L’Oeil du léopard laisse au lecteur la liberté de se poser des questions sur la condition humaine, en particulier ce qu’elle a fait de nous et ce que nous sommes voués à devenir.

Andréas Fensby.

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