Maitre d’escrime ou comment être nominé aux Golden Globes

Rencontre avec l’acteur estonien

Année 1952. Endel (interprété par l’acteur Märt Avandi), escrimeur doué, fuit Leningrad pour échapper à la police secrète de l’Union Soviétique. Il commence à travailler comme professeur de sport dans une école de la petite ville de Haapsalu en Estonie, où on l’oblige en plus à former un club de sport. Indifférent au départ, Endel apprend à aimer ses élèves à qui il réussit à transmettre sa passion pour l’escrime. Il acquiert l’image du père aux yeux de ses élèves, dont bon nombre sont orphelins du fait de l’occupation soviétique. Hélas, le KGB veille, mais Endel risque sa liberté pour pouvoir accompagner ses élèves à la compétition nationale d’escrime à Leningrad.

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En Estonie, on produit cinq-six films par an. Si on t’appelle en disant : « veux-tu jouer dans ce film ? », tu acceptes forcement.

L’Association France-Estonie a décidé d’organiser la projection du nouveau film Maitre d’escrime (2015), produit d’une collaboration entre l’Estonie, la Finlande et l’Allemagne, parce que non seulement le tournage a eu lieu en Estonie avec des acteurs estoniens, mais aussi parce que le sujet (un peu enjolivé, bien sûr, histoire de faire larmoyer les spectateurs) est basé sur des faits réels. Dans les années 1950-1960, l’escrimeur accompli Endel Nelis était à la tête d’un club d’escrime à l’école de Haapsalu et son élève Aime (la fille Marta dans le film) a ramené la médaille d’or du championnat national d’escrime dans la catégorie jeunes en 1955.

L’acteur Märt Avandi, qui joue le rôle d’Endel dans Maitre d’escrime, est venu exprès à Paris pour assister à cette projection et parler un peu du cinéma estonien. Le public français a eu la chance de pouvoir poser quelques questions à ce comédien estonien renommé.

Q : Le sujet porte entre autre sur les déportations staliniennes des années 1950. Est-ce que ce sont des « faits réels » ou est-ce que le scénario a été un peu adapté dans le but de créer une action plus intéressante ?

M. Avandi : Le scénario porte sûrement la marque du cinéma hollywoodien. Beaucoup de choses ont été éliminées avant le tournage, sinon le public estonien nous aurait jetés des tomates. Le message de ce film est important pour les estoniens, mais un procédé documentaire ne serait pas arrivé à remplir cet objectif. Le film est plutôt une œuvre de fiction, mais il y a quand même des faits réels. Comme par exemple les scènes du tournoi : on a résumé dans un épisode les résultats de plusieurs championnats auxquels l’équipe d’escrime d’Endel Nelis avait participé à l’époque.

D’ailleurs, l’école où on a tourné est l’école secondaire de la vieille ville de Pärnu. Cette école attendait des travaux de rénovation depuis 50 ans, donc l’environnement est tout à fait authentique de l’époque ce qui est rare en Estonie. Mon fils y fait ses études actuellement, donc je suis content qu’on y ait entamé des travaux.

Q : Pourquoi avez-vous choisi d’accepter ce rôle ? Pouviez-vous vous retrouver dans un des personnages de ce film ?

M. Avandi : Mon grand-père a été déporté deux fois. Pendant la première vague de déportations, il a été envoyé en Sibérie mais il avait réussi à s’échapper et à revenir en Estonie. Là, un de ses amis l’avait dénoncé et on avait à nouveau déporté mon grand-père pour la deuxième fois. On avait tous des histoires comme ça. La marque de cette époque est toujours présente, même si la jeune génération en est moins consciente.

Mais la raison pour laquelle j’ai accepté de jouer ce rôle est beaucoup plus simple. Le pays est si petit qu’il n’y a presque pas d’industrie cinématographique. En Estonie, on produit cinq-six films par an. Si on t’appelle en disant : « veux-tu jouer dans ce film ? », tu acceptes forcement. Heureusement, le film a plu au public.

Q : Ce film est nommé aux Golden Globes et figure dans les listes d’Oscar pour le meilleur film en langue étrangère. Quelles sont les raisons d’un tel succès ?

M. Avandi : Il est difficile de trouver les raisons de son succès. Je ne sous-estime pas ce film, mais il est simple et naïf, vraiment hollywoodien. Il est facile d’apprécier le sujet puisque il est adapté au genre de film de fiction. L’intrigue y est claire, le happy end obligatoire, il y a même une histoire d’amour. Visuellement, c’est pareil : la scène finale est pleine de couleurs, claire et ensoleillée ce qui souligne la naïveté de ce film. C’est pour ce charme et cette sincérité que ce film a tant plu au public américain. Ce succès est un miracle.

Et au dessert, la question d’une jeune spectatrice de 10 ans :

Q : Comment vous faites [sic] pour vous mettre à pleurer comme ça ?

M. Avandi : Quand tu finiras ton école et que tu iras à l’école d’art dramatique, cela ne va pas t’aider. Tu ne l’apprendras pas dans les cours de théâtre. Cette connaissance vient plus tard avec l’expérience, quand tu vivras pour et avec tes personnages, quand tu ressentiras leurs sentiments. Chaque acteur a ses techniques qui marchent ou qui, parfois, ne marchent pas et c’est à toi de trouver le meilleur moyen d’être comédienne.

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