Exposition Otto Dix au musée Unterlinden de Colmar

L’exposition présentée jusqu’au 30 janvier 2017 au musée Unterlinden de Colmar est notable à plus d’un titre. Elle est d’une part la première exposition d’art moderne proposée par le musée et met à l’honneur le peintre allemand Otto Dix (1891-1969). Par ailleurs, cette exposition présentant une centaine d’œuvres de l’artiste a pour point central le retable d’Issenheim, peint par Matthias Grünewald entre 1512 et 1516. Ce polyptyque monumental exerça une fascination auprès de nombreux artistes allemands du début du XXème siècle, alimentant ainsi leurs créations. Otto Dix fut l’un deux.

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Le retable d’Issenheim – Matthias Grünewald (1512-1516)

Envoyé au front durant la Première Guerre Mondiale, Otto Dix n’a cessé de témoigner, à coups de crayons, des atrocités des tranchées. Il n’est nullement question d’héroïsme ou de glorification des combattants dans ses dessins; lorsqu’il troquait le fusil pour la mine de plomb c’était pour dénoncer les scènes d’atroce sauvagerie dont il était témoin. Au sortir de la guerre, la tête toujours pleine de ces images d’horreur, la peinture devint pour lui une thérapie, un moyen de se libérer de souvenirs qui l’ont hanté toute sa vie. Il réalisa des centaines de dessins, peintures, gravures qui sont autant de témoignages de l’expérience traumatisante qu’il a vécue.

Mais Frederique Goerig Hergott, commissaire de l’exposition en cours au musée Unterlinden, a découvert après plusieurs années de méticuleuses recherches qu’une très grande partie de l’œuvre de Dix fut également inspirée par le retable d’Issenheim. Cette œuvre monumentale, également exposée au musée Unterlinden, fut peinte entre 1512 et 1516 par l’artiste allemand Matthias Grünewald. Elle est composée de plusieurs panneaux de bois peints pouvant être ouverts et représentant différentes scènes liturgiques. Cette œuvre revient comme un leitmotiv dans le travail de Dix qui l’évoque à travers des citations plus ou moins évidentes, des motifs qu’il emprunte, modifie, place dans d’autres contextes.

Parmi les tableaux exposés dans le cadre de cette exposition il en est un à l’histoire étonnante : La Madone aux barbelés. Ce triptyque fut peint par l’artiste alors qu’il était prisonnier de guerre au camp de Logelbach à Colmar en 1945. À la demande du commandant du camp Dix peignit ce tableau représentant une vierge à l’enfant entourée de barbelés, ceux du camp de Logelbach. L’artiste a représenté sur les panneaux latéraux la libération miraculeuse de Saint Paul et Saint Pierre, « un message d’espoir pour les prisonniers » selon Frederique Goerig Hergott. Originellement conçue pour orner la chapelle catholique du camp, le commandant aurait tant aimé l’œuvre qu’il l’aurait gardée pour lui, contraignant l’artiste à en peindre une deuxième. Racheté lors d’une vente aux enchères en 1987, le tableau orne désormais l’église Maria Frieden à Berlin, qui l’a prêté au musée Unterlinden de Colmar en échange d’une rénovation aux frais de ce dernier. Ce tableau d’Otto Dix, relégué au rang d’artiste dégénéré sous l’Allemagne nazie, se retrouve dans la ville où il a été créé. C’est un émouvant retour aux sources pour cette œuvre peinte derrière les barbelés qui s’offre désormais au regard des visiteurs du musée.

Expostion « Otto Dix, le retable d’Issenheim » du 8 octobre 2016 au 30 janvier 2017 au musée Unterlinden de Colmar

Mathis Ferroussier

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