Fritz Lang, Les Trois Lumières : quand le film muet rencontre l’électro

La 21e édition du festival du film allemand a eu lieu à Paris, au cinéma l’Arlequin, du 5 au 11 octobre 2016. C’est un chef-d’œuvre du cinéma allemand, Der müde Tod de Fritz Lang, qui a clôturé le festival, dans le cadre d’une séance de « ciné-concert ». Ce film muet, tourné en 1921, était en effet accompagné d’une bande-son de Raphaël Marionneau, DJ français installé à Hambourg et spécialisé dans la musique pour les films muets allemands.

der-mude-tod

image extraite du premier couplet

L’histoire

Der müde Tod – en français, Les Trois Lumières – est un long-métrage en noir et blanc, dont l’intrigue se situe « irgendwo und irgendwann » (en un lieu et à une époque indéterminés). Le film est hanté par le personnage de La Mort, un étranger au visage triste, silhouette longiligne vêtue de noir. Dans la première partie de ce conte construit à la manière d’un drame en cinq actes, La Mort rencontre un couple d’amoureux et les suit jusqu’à un petit village, dans lequel il achète, à la grande surprise de tous, un terrain attenant au cimetière qu’il entoure d’un haut mur et qui ne semble avoir aucune porte. Un soir, après que l’étranger s’est attablé avec le couple d’amoureux, la jeune femme s’aperçoit que son fiancé a disparu. Elle le cherche alors désespérément, et réussit à pénétrer dans la propriété secrète de l’étranger, qui lui apprend que pour son fiancé « l’heure était venue ». Elle se dit prête à tout pour le retrouver, et supplie La Mort de lui donner une chance de le faire revenir parmi les vivants. Celui-ci, las de voir la misère des hommes, lui montre trois bougies, chaque flamme représentant une vie humaine. Si la jeune femme parvient à sauver l’une d’elle, son fiancé lui reviendra.

Nous voilà alors successivement transportés dans le Bagdad médiéval, au cœur du carnaval de Venise au xviie siècle, et dans la cour de l’empereur chinois auprès du magicien A Hi. Chaque tableau est présenté comme un « couplet » et nous donne à voir une intrigue autonome au cours de laquelle la jeune femme, qui se transformera en la sœur du Calife, en la fiancée d’un riche vénitien, puis en la fille d’un magicien chinois, tente de sauver l’homme qu’elle aime. La Mort rôde sous différentes formes dans tous ces paysages exotiques, et l’accompagne à travers les étapes de ce voyage spatial et temporel. Comme elle l’avait prédit à la jeune fille, La Mort gagne toujours, et s’avère dès lors plus puissante que l’amour, contrairement aux espoirs de l’amoureuse intrépide, qui pensait sa passion plus forte que tout. La Mort lui donne alors une dernière chance : si, dans l’heure, elle parvient à lui apporter une vie en échange de celle de son fiancé, celui-ci sera sauvé. En proie à un terrible dilemme, elle préfère finalement sauver un nouveau-né des flammes plutôt que de le laisser périr et choisit de rejoindre celui qu’elle aime dans le royaume des morts.

           La musique

L’originalité de cette séance au cinéma L’Arlequin était bien sûr la présence de Raphaël Marionneau, qui, en live, accompagnait les images d’une musique qu’il avait spécialement composée et arrangée pour l’occasion. Il travaille régulièrement avec la Murnau Stiftung pour donner une nouvelle dimension aux films restaurés par la fondation. Pour des questions de droit, il ne peut produire sa musique qu’en direct, ce qui fait de l’événement une expérience éphémère et unique. La musique électronique, loin d’être impersonnelle, rythme à la perfection l’enchaînement des actions et épouse l’état d’esprit des personnages. Elle permet aussi d’accompagner les atmosphères propres à chaque univers. Ainsi une musique aux consonances orientales stylise-t-elle le couplet de Bagdad, une musique d’inspiration classique celui de Venise tandis qu’une musique à la coloration asiatique nous fait voyager dans une Chine fabuleuse. Ce procédé répond à l’esprit de Fritz Lang qui déjà, par les images, proposait une vision fantasmée de ces trois mondes. Raphaël Marionneau a également composé de la musique pour accompagner d’autres films, notamment Metropolis de Fritz Lang ou encore Nosferatu de Friedrich Wilhelm Murnau. Son travail permet de dépoussiérer les grands classiques du cinéma muet en leur offrant une partition moderne.

Quelques liens utiles

Site du Festival du cinéma allemand 2016

Site de la Murnau Stiftung

Site de Raphaël Marionneau

Par Morgane Levier et Henri Fruneau

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