Rendez-vous musical sur le quai de Saint-Lazare

Vous ne pouvez vous tromper de voix…

Au mois de septembre, alors que je m’apprêtais à quitter la gare Saint Lazare à la hâte, je fus, à ma plus grande surprise coupée dans mon élan à l’écoute d’une voix splendide. C’était un mercredi matin. En m’approchant dans un élan de curiosité, je me rendis compte qu’il s’agissait en fait d’un duo, deux sopranes accompagnées au piano, dont les voix on ne peut plus mélodieuses semblaient se fondre à l’unisson. Au fil des semaines, après un certain nombre de passages à la gare, j’eus la joie de constater que la présence du trio n’était pas exceptionnelle, mais que les jeunes artistes se réunissaient en réalité toutes les semaines, le mercredi matin donc, afin de se produire face à un public nombreux et varié, au sein même de la gare. Un concert en plein air, en somme, libre du moins, qui n’aurait peut-être pas pu voir le jour sans la présence du piano mis à la disposition des passants et des voyageurs ‒ à moins de chanter a cappella…

 

Si vous venez, à votre tour,  à traverser la gare à une heure propice ‒ entre 10h15 et 11h ‒, vous aurez la chance de découvrir un programme particulièrement riche et envoûtant. Parcourant les siècles, il dévoile des joyaux de la musique lyrique, et met ainsi en lumière aussi bien des œuvres de l’époque baroque, notamment de Pergolese, que des joyaux de l’opéra classique, tels que des airs des Noces de Figaro et de Cosi fan tutte de Mozart, ainsi que des œuvres lyriques romantiques de Bellini et Verdi,  et enfin de Fauré. Chaque semaine, les artistes explorent ce programme, nous ravissant de leur chant au cours d’un concert de non moins d’une demi-heure. L’originalité et la qualité de la prestation est d’autant plus notable que le trio est accompagné de temps à autre de danseuses, dont la présence au cœur des allées habituellement inondées de monde attire d’emblée le regard.

Ainsi, c’est tout un horizon musical qui s’offre aux voyageurs lors de leur passage à la gare. Cette perspective innovante d’accès à la musique doit être, me semble-t-il, saluée comme un événement culturel original et privilégié, d’autant plus dans le cas présent où il s’agit d’un concert hebdomadaire. Dès lors, il m’a paru essentiel de mettre en valeur la qualité de la prestation lyrique et de l’excellent accompagnement du pianiste, essentiel à la cohérence rythmique et tonale. Enfin, la répétition d’œuvres au fil des représentations au sein d’un programme plus ou moins défini permet à un auditeur régulier ou habitué d’apprécier les nuances engendrées par le caractère improvisé du concert ainsi que l’impression de liberté procurée par l’ouverture du lieu. A ce sujet d’ailleurs, les chanteuses, lors d’une courte interview à la fin du mois de novembre, précisent se sentir bien plus à l’aise en un tel lieu, bien  loin du stress communément éprouvé lors des concerts « classiques ».

Au terme d’un concert quelque peu vivifié par la froideur hivernale, j’eus la chance de pouvoir rencontrer les artistes, actuellement tous lycéens, auxquels ce paragraphe est accordé. D’abord, le duo de sopranes, Chimène Smith et Lucie Camps. La première fait partie des Jeunes Chœurs de Paris, organisme visant à la formation des chanteurs lyriques. Quant à Lucie,  elle chante pour la Maîtrise de Paris, dont la vocation est principalement de former les chanteurs en vue de concerts. D’abord spécialisée en musique baroque, elle a élargi son répertoire en chantant des œuvres de l’époque romantiques ainsi que du jazz, notamment. Au piano enfin, dont les sonorités tantôt voluptueuses, tantôt plus saccadées, résonnent au gré des voix, Antonin Browne, qui travaille tout aussi passionnément et ardument au perfectionnement de son jeu.  Enfin, une note sur les danseuses, d’une élégance infinie. Toutes viennent du Terpischore, école de danse classique parisienne, ou du Conservatoire à Rayonnement Régional de Paris et de Cergy-Pontoise.

 

Chœur enflammé au cœur de la foule affairée, le trio témoigne d’une ardeur et d’une passion inébranlables dont l’inépuisable force émerveille, nous intimant avec on ne peut plus de finesse la splendeur de l’indicible révélé par la musique, en transcendance… Dans le déferlement intempestif, l’incessante ivresse de la ville, la musique parvient à poindre dans un écrin de silence, insufflant une précieuse pause, pour nous transporter, irrémédiablement, par-delà le monotone enchaînement des jours.

 

Raphaëlle Vaillant

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Une réponse à “Rendez-vous musical sur le quai de Saint-Lazare

  1. Hey coucou merci pour cette article magnifique ! Nous sommes ravies de vous faire partager ces superbes musiques et surtout nous sommes ravies de vous voir toutes les semaines. Une petite correction le nom de famille est Lucie Camps. Encore merci pour ce magnifique article

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