La Foire du Livre de Francfort 2016 – une expérience personnelle

Une offre qui ne se refuse pas

Être stagiaire dans une petite maison d’édition présente des intérêts. Dans une petite structure comme les éditions du Nouvel Attila, on a l’occasion de découvrir rapidement les rouages d’une maison d’édition et d’en apprendre les ficelles au jour le jour, parfois (souvent) à un rythme effréné.

L’une de mes tâches était notamment de préparer la Foire de Francfort de cette année : repérer les maisons d’édition intéressantes pour les rencontrer, rédiger des mails en anglais et en allemand présentant la maison et organiser des rendez-vous. Aussi, réaliser un catalogue des droits étrangers pour présenter les livres dont nous avions les droits et que nous souhaitions vendre, un fascicule bien entendu entièrement rédigé en anglais. Ayant donc travaillé sur tout cela, il a rapidement été décidé que j’accompagnerais l’équipe à la Foire même, en tant qu’assistante/interprète. Une occasion en or pour tout jeune professionnel de l’édition encore courageux et naïf, qui n’a jamais eu à affronter une foule dense et armée (de livres).

 

Dans le ventre de la bête

Est-ce que cela vaut vraiment la peine de s’attarder sur la taille gigantesque de cette foire et de la foule qu’on y croise de façon quasi-permanente ? Pour les claustrophobes, ces halls où l’on peut facilement passer quatre heures sans voir la lumière du soleil peuvent clairement être rédhibitoires.

En fait, c’est un peu comme à l’aéroport, avec de longs couloirs et des tapis roulants, des hommes en costume-cravate et leurs valisettes à roulettes. Quand on est là-bas pour travailler, on n’a pas le temps de visiter tous les halls. Pour moi, il s’agissait souvent de déplacements d’un point A, le stand du BIEF où nous étions basés, à un point B, qui se trouvait souvent être le hall de tous les éditeurs indépendants allemands. Me complaisant dans ma situation, je joue le côté jeune professionnel dynamique et marche d’un bon pas toute la journée, acceptant la moindre course sans sourciller. Je récupère entre deux des forces en croquant directement dans une plaquette de Ritter Sport. Aussi, les crampes des orteils, chose que je ne savais pas possible, sont devenues ma dure réalité.

captureeLe butin.

Le butin composé de nombreux catalogues des différentes maisons d’édition collectés l’un après l’autre, ainsi que (si on est chanceux) les livres donnés gracieusement par certaines maisons d’édition, si l’on a déjà montré un vif intérêt et qu’on envisage (peut-être) de le faire traduire.

Partout dans la foire et sur tous les stands, on trouve ces petites tables et chaises où auront lieu les rendez-vous entre représentants de diverses maisons d’édition. A noter que, selon le chiffre d’affaire de la maison d’édition, on peut avoir droit soit à des chaises en plastique et à une table un peu bancale, soit à une table en verre avec même des petits fauteuils rembourrés.

captureeeUn autre standing : le groupe Hachette, mastodonte de l’édition française.

Les transferts culturels à l’œuvre

La Foire est un endroit intéressant d’un point de vue sociologique et sémiologique. On y découvre en direct comment le monde du livre français exporte son image. Tout cela respire le “rayonnement culturel”, il est donc intéressant de regarder ce qui est mis en avant.

Au détour d’une balade parmi les stands des éditeurs français, surgit soudain une énorme photo noir et blanc d’Inès de la Fressange, véritable agression visuelle envers chaque personne qui passe près du stand Flammarion. Apparemment, elle vient de sortir un livre, dont le titre fait plus penser à une série de mot-clés ou de hashtags : “Parisian Chic Style Secrets”, de quoi vendre du rêve aux acheteurs étrangers. Le mythe de la femme française, toujours une valeur sûre pour l’export.

20161020_105432Le lieu du drame.

Mais la Foire du Livre de Francfort vous permet aussi de rencontrer de vraies personnalités en chair et en os. Vous aurez par exemple la possibilité d’apercevoir Manuel Valls accompagné d’une ministre de la Culture mutique ainsi que leur entourage, perdus au milieu du stand de la maison d’édition Suhrkamp, tour à tour tenant des livres et serrant des mains. Plusieurs personnes du milieu de l’édition (que je ne citerai pas) se sont interrogées sur le pourquoi de la présence du (à l’époque) Premier ministre sur les lieux, qui en a même profité pour faire une conférence de presse. Il semblerait que la Foire 2016 à peine terminée, on prépare déjà politiquement celle de 2017, dont la France sera l’invitée d’honneur et qui sera intitulée “Francfort en français” (quelqu’un s’est clairement creusé dur les méninges pour le titre).

Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil

Naturellement, côtoyer les hautes sphères éditoriales françaises et européennes apporte son lot de mondanités (oui, ce séjour m’a rendue snob et imbuvable), ce qui n’est pas pour déplaire à une jeune stagiaire encore impressionnable. A la Foire, la fin de la journée est toujours une bonne raison pour se trouver une coupe de champagne à la main entouré de gens en costume, à entendre des discours – sur quoi ? Le rayonnement culturel de la France, what else. Tous ces gens semblaient contents de tenir des discours presque présidentiels en disant que ça va “MIEUX” et en se jetant gentiment des fleurs pour tout le bon travail accompli et sur l’importance de la Foire 2017 et comment ça va être super. Certes, on peut se laisser un peu éblouir par une réception dans un hôtel dont on n’ose imaginer le prix de la chambre. Le genre d’endroit où quand une envie pressante se fait sentir, on peut pousser la porte de toilettes rutilantes où il n’y a pas de serviettes en papier pour s’essuyer les mains, mais de vrais petits essuie-mains qu’on met dans une corbeille après. Oui, il en faut clairement peu pour m’impressionner.

Que dire en conclusion d’un séjour outre-Rhin qui aura clairement laissé des marques, autant psychologiques que physiques ? Malgré un bref moment où, bloquée dans l’immense escalator derrière une horde d’éditeurs chinois, j’ai brièvement reconsidéré mes choix professionnels, ce fut une expérience très positive et enrichissante. La Foire de Francfort représente pour chaque éditeur l’occasion de voir du pays et de voir du beau monde pour discuter autour d’une passion commune, les livres ou les gros sous.

20161020_182255Le “rayonnement culturel” de la France se placarde allègrement dans les allées de la Foire.

Miléna Yung (texte & photos)

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