Visite: L’abbaye de Jumièges, haut-lieu et vestige du patrimoine normand

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Telle que nous pouvons l’observer aujourd’hui, l’abbaye de Jumièges n’a plus rien à voir avec ce qu’elle a été au moment de sa fondation originelle au VII ͤ  siècle ou de sa reconstruction au XI ͤ  siècle. Pourtant, ce vestige de l’art roman, surnommé la « plus belle ruine de France » au XIX ͤ  siècle, demeure aujourd’hui un monument dont l’histoire architecturale fascine. Comptant parmi les principaux sites du patrimoine normand, elle constitue également « l’un des plus anciens témoignages de l’art roman en Europe » [1].

Le site de l’abbaye de Jumièges, malgré les destructions subies au fil des siècles, n’en demeure pas moins majestueux, et la façade de l’abbatiale Notre-Dame, monumentale.
La situation de l’édifice au cœur d’un immense parc accentue encore l’impression d’immensité ressentie, et il est absolument fascinant de pénétrer au cœur des ruines qui s’étendent à ciel ouvert, laissant paraître des tableaux de verdure à travers des voûtes d’un blanc intense et des cadres dénués de vitraux.
Ce qu’il reste de l’abbaye actuelle est un vestige dont l’histoire s’étale entre le XI ͤ et le  XVII ͤ  siècle. A l’origine, elle fut fondée vers 654 par saint Philibert et appartenait alors aux principaux monastères bénédictins. Malgré son essor, elle fut dévastée à plusieurs reprises par les Vikings au IX ͤ  siècle, qui forcèrent les moines à fuir.
Pour ce qui est de l’église Saint Pierre, elle fut construite au début du IX ͤ  siècle aux côtés de la nef de l’abbatiale, et fit partie des rares vestiges carolingiens de la France du nord. Plus tard, à partir du XI ͤ  siècle, l’abbaye de Jumièges connaît une renaissance, à l’origine de sa reconstruction. Le monastère fut construit par l’abbé Robert de Jumièges, tandis que la grande abbatiale Notre-Dame, principal édifice de l’abbaye, fut consacrée en 1067 en présence de Guillaume le Conquérant. Elle constitue alors un emblème de l’architecture romane normande. Au XIII ͤ  siècle, l’abbatiale connaît une restructuration au niveau architectural, par l’introduction du style gothique dans le chœur roman de l’édifice, invisible aujourd’hui. De nouveau ravagée et pillée pendant les guerres de religion, l’abbaye connaît un nouvel essor à partir du XVII ͤ  siècle, bien qu’elle ait perdu de sa floraison initiale. Après le départ des derniers moines en 1790, les ruines seront plus ou moins entretenues avant de devenir propriété de l’Etat, et, enfin, du Département de Seine-Maritime en 2007.

La structure originelle de l’abbaye, bâtie entre le XI ͤ  et le XVII ͤ  siècle, demeure presque entièrement visible.  Les seules traces du monastère originel détruit par les vikings au IX ͤ siècle demeurent dans l’église Saint-Pierre, située à l’intérieur de la clôture.

Par respect pour l’authenticité du monument, aucuns travaux de reconstruction n’ont été envisagés. Seuls des travaux de consolidation et de préservation sont entrepris afin d’assurer le maintien du monument.
Toutefois, il est intéressant de noter qu’une reconstruction visuelle en trois dimensions de l’abbaye telle que l’on aurait pu la contempler au moment de sa construction a été réalisée sur écran en complément de la visite des vestiges. Ainsi, il est possible de superposer les deux vues, la vue en 3D qui correspond à une réalité passée, et la vue actuelle, dans un contraste temporel et visuel saisissant : le revêtement originellement polychrome des murs intérieurs, surmontés de voûtes en bois, d’une part, et la blancheur éclatante de l’actuel édifice au dénuement majestueux d’autre part. On peut également admirer le style gothique de la nef qui contraste avec le style roman du reste de l’édifice, ce qui serait impossible sans le procédé de reconstitution. Le mélange entre les deux aspects du site selon les données historiques disponibles apparaît ainsi comme un moyen supplémentaire d’appréhender son évolution au cours de l’histoire.

Face  à l’abbaye de Jumièges, le spectateur contemporain se trouve donc fasciné par le  fruit d’un édifice dont l’histoire, qui s’étend à l’échelle européenne, a traversé les siècles, contemplant la beauté du site qui s’élève au-delà du caractère destructeur de son passé.

Raphaëlle Vaillant.

 

Sources : Site internet de l’abbaye de Jumièges.

[1] Cf http://www.abbayedejumieges.fr/docs/6_cp-jep-2013-sites-et-musees-dpt-76.pdf

 

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