Mythologie : Le Selfie

Depuis quelques années déjà, cette mode inonde nos fil d’actualités facebook, tweeter et instagram. Yeux de biche, lèvres vermillon pour les filles, « six – packs » et tenu de sport pour les garçons, telles sont les combinaisons parfaites pour se faire de « nouveaux amis » virtuels, sorte d’admirateur (plus si) secrets des temps modernes.

Duckface et décolletés plongeants vinrent surenchérir cette nouvelle norme. « Il n’y a plus qu’à attendre que [la mini-jupe] et [le décolleté] se rejoignent ! » disait Coluche. Il ne croyait pas si bien dire. Tu as quel âge ma belle ? 14 ans. Eh oui. Car aujourd’hui, les selfies s’invitent dans les cours de lycée, de collège et même de primaire. On s’y bat à coup de selfies comme on se battait autrefois à coup de boulette de papier. Qui ira le plus loin ? Qui sera la plus légère ? Qui sera la plus rapide ?

« Si les jeunes se prennent en photo, c’est parce qu’ils sont narcissiques. » Ah oui ? Que dire alors de ces poètes qui avaient l’audace d’écrire sur eux-mêmes ? Eux aussi cherchait leur propre reflet. « Même après son accueil en la demeure infernale, il se contemplait dans l’eau du Styx » écrit Ovide. Alors, sommes-nous tous de futurs Narcisse ? Aveuglés par notre propre beauté ?

Je ne le crois pas, bien au contraire. Nous nous prenons en photo, et particulièrement en « selfies » pour contrôler notre beauté, pour camoufler nos défauts, et prouver à la Terre entière que notre existence est merveilleuse et nécessaire.

Nous ne souffrons pas parce que nous nous aimons trop. Nous souffrons parce que nous avons peur de ne pas être aimé.

Ce qui est terrifiant, c’est que tout le monde y a pris goût, « de 7 à 77 ans » comme diraient les jeux de société. Et quel « jeu de société » ! Nous nous sommes pris à son jeu qui nous pousse à légitimer notre existence à coup de filtre-chien et de couronne de fleurs à la snapchat.

Au Québec, on parle « d’égoportrait ». Ah ces Québécois et leur habitude à franciser tout ce qui vient de l’anglais. Et pourtant. Grâce à cette traduction, on voit d’emblée bien mieux de quoi il est question : non plus d’autoportrait, mais de mise en abîme de notre individualité, et donc nécessairement, de notre solitude égocentrique.

Constat désespérant n’est-ce pas ? Ce n’est pas faux. Malgré tout, sa disparition semble n’être plus qu’une question de temps. En effet, les selfies ont été remplacés par un tout nouveau type de photo. Celle de l’enfant. « Regarde mon bébé comme il est beau et mieux que le tien et mieux que tout le monde parce que c’est MON bébé ! Hein ? J’ai pas raison ? ».

« Monde de merde » pourrait-on dire avec grande classe.

Anne Pernas.

 

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