Elin Cullhed à la Sorbonne : l´image du féminisme suédois dans un roman jeunesse

L´écrivaine suédoise Elin Cullhed a été invitée à la Sorbonne dans le cadre de la « Semaine Nordique » pour parler du féminisme scandinave ainsi que de son roman jeunesse Gudarna (2016). Elle a été présentée au public par Lotta Ponterius, professeur de suédois à l’Université Paris-Sorbonne, qui a servi d’interprète au cours de l’intervention de l´écrivaine, en traduisant du suédois vers le français. Elin Cullhed a introduit son discours par la présentation de son roman Gudarna (Dieux) et elle nous a invité à assister à une conférence différente sur le féminisme : à travers les personnages de son roman, ses expériences personnelles, et même dans le contexte plus large de la Suède et de la Scandinavie, on découvre le féminisme et son importance pour la société, notamment pour la jeunesse.

Si l´on recherche des photographies sur les réseaux sociaux associés à #Dieux, ainsi que #Rois ou #Héros, on trouvera derrière ces étiquettes des photos d´hommes footballeurs, des gagnants, jeunes hommes en vacances qui profitent de la vie, de la liberté, etc. Les trois héroïnes du roman de Cullhed se sentent oppressées par la société car en tant que filles, elles ont l´impression qu´une jeune femme doit toujours être belle, souriante, joyeuse dans n´importe quelle situation. Mais elles refusent de s´identifier avec cette image de la féminité, elles préfèrent profiter de la vie, de leur amitié, de l´ indépendance, tout comme les garçons dans leur entourage, la raison pour laquelle leur surnom est Gudarna.

roman Gudarna

Couverture du roman Gudarna publié par la maison d´édition Natur & Kultur

Elin Cullhed, très intéressée par les questions féministes, a écrit son roman pour explorer certains types de soumission – d´un point de vue théorique et idéologique – dans la société suédoise mais aussi à un niveau plus subtil en utilisant des exemples concrets. Une de ses héroïnes, Lily, a été victime d´un abus sexuel par son petit-ami au cours duquel elle avait été filmée. En suivant cette histoire, on peut voir concrètement les difficultés qu’elle rencontre: parler de tels évènements à ses proches, à sa famille, mais aussi au grand public ; comment trouver l´aide et soutien nécessaires ; que ressentent les victimes qui se trouvent toutes seules face à la société, dont on parle très rarement, car les victimes des abus se sentent humiliées et se taisent. Le fait que les victimes ne se prononcent pas sur leurs expériences peut marquer profondément leur identité, et cela peut mener les victimes à culpabiliser, déprimer, ou dans le pire des cas, à se suicider. « Désir pour la perfection venant des médias et de l´industrie cinématographique créent une plateforme très négative et compétitive entre les jeunes filles, ce qui a un mauvais effet sur l´évolution de leur sexualité et identité à leurs âges particulièrement fragiles, » souligne Cullhed.

C´est une condition particulière d´être une jeune fille aujourd’hui, ajoute Cullhed. L´écrivaine elle-même subissait cette pression au lycée et pour bien l´illustrer, elle nous lit un extrait de son journal intime de la même époque. Elle y avait écrit qu’elle se sentait constamment obligée d´être la plus belle et la plus intelligente, et avait eu besoin d´être appréciée ; sans l´approbation des autres, elle se serait sentie stupide et laide, mais ce qu´elle avait vraiment désiré, c´était tout simplement d´aimer et être aimé. Cullhed conclut : « Si on est un objet, on ne peut se sentir ni beau ni intelligent. »

Cela montre que la société suédoise égalitaire que l´on connaît contient toujours des structures patriarcales. Elle ne peut pas être une société tout à fait égalitaire, si les préjugés y persistent, contre le féminisme même, et surtout si elle ne permet pas aux victimes des abus sexuels de se sentir libre de s´exprimer. Finalement, Cullhed présente une pensée élargie du féminisme : pour pouvoir être libre de choisir notre identité ainsi que de notre sexualité, il faudrait arrêter de considérer les gens comme des personnes « roses » ou « bleus » (femmes et hommes), ni comme des personnes « gris » (où l´on ignore le sexe), mais comme des personnes de toutes les couleurs du spectre, car chacun est unique et chacun a le droit d´être respecté.

Conference

Conférence d´Elin Cullhed au centre universitaire Malesherbes, Paris IV – Sorbonne

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