« Le Quatrième Mur » : l’adaptation au théâtre du roman de Sorj Chalandon

Les 21 et 22 novembre derniers, le collectif Les Sans Lendemain présentait la pièce « le Quatrième Mur » à la MPAA St-Germain (Maison des Pratiques Artistiques Amateurs).

La pièce

La pièce est l’adaptation du roman éponyme de Sorj Chalandon. L’intrigue est la suivante : Samuel est metteur en scène et a le projet fou de monter Antigone de Jean Anouilh à Beyrouth, en pleine Guerre du Liban. La scène est un cinéma en ruine, sur la ligne de démarcation entre Beyrouth-Est et Beyrouth-Ouest, exposée aux tirs des forces armées. Les acteurs, quant à eux, appartiennent à des camps ennemis :

Antigone était palestinienne et sunnite. Hémon, son fiancé, un Druze du Chouf. Créon, roi de Thèbes et père d’Hémon, un Maronite de Gemmayzé. Les trois chiites avaient d’abord refusé de jouer les « Gardes », personnages qu’ils trouvaient insignifiants. Pour équilibrer, l’un deux est aussi devenu le page de Créon, l’autre avait accepté d’être « Le Messager ». Au metteur en scène de se débrouiller. Une vieille chiite avait aussi été choisie pour la reine Eurydice, femme de Créon. « La Nourrice » était une Chaldéenne et Ismène, sœur d’Antigone, catholique arménienne. […] Sam s’était d’abord présenté comme Grec. Lui serait « Le Choeur », voix essentielle dans le théâtre antique. Puis il s’est avoué juif. Alors il a fallu remplacer les chiites par trois autres. Et aussi la catholique, qui n’avait pas supporté cette révélation. (Sorj Chalandon, Le quatrième mur : Éditions Grasset & Fasquelle, 2013, p. 95)

Mais Samuel tombe gravement malade et ne peut se rendre à Beyrouth pour faire répéter les acteurs et monter la pièce. Il confie donc cette mission à Georges, son ami proche et le narrateur du roman. Pour respecter la dernière volonté de son ami mourant, Georges voyage à Beyrouth, laissant en France sa femme et sa fille âgée de deux ans, afin de rencontrer les différents comédiens et de tenter d’organiser cette trêve de guerre utopique, ces “deux heures d’une soirée d’automne. Avec les combattants, crosse en l’air le temps d’un acte.” (id., p. 96)

Cependant, Georges ne rentrera pas indemne de cette guerre, traumatisé au point de ne pas réussir à se réadapter à sa vie en France.

L’adaptation

L’adaptation au théâtre de ce roman n’était pas aisée, tant le livre est riche en évènements historiques, descriptions des conflits et de ses acteurs, tant il exprime les questionnements permanents et l’évolution psychologique du narrateur, frappé de plein fouet par la violence et l’horreur de la guerre.

L’adaptation par Lionel Cohen et Valentine Roy est très réussie : l’interprétation des acteurs est magistrale et nous sommes transportés par l’émotion. L’accompagnement à la viole de gambe et le chant d’une des comédiennes sont superbes et permettent les transitions entre les scènes. Le ton, tantôt grave, tantôt humoristique -avec, par exemple, le jubilatoire résumé “en 2 minutes chrono” de l’intrigue d’Antigone- est toujours juste.

Les comédiens endossent plusieurs rôles et prennent, tour à tour, la voix du narrateur. Le rythme est rapide, et les scènes s’enchainent, sans entracte. Aucun rideau ne dissimule les coulisses, plusieurs portants de vêtements sont sur la scène : les acteurs changent de costumes devant le public, déplacent des éléments du décor, descendent de l’estrade et se retrouvent dans la salle : le quatrième mur est tombé.

Et l’attention, voire la tension du public, elles, ne retombent pas. Nous sommes projetés dans cet environnement hostile, et nous croyons nous trouver en présence des différents personnages du roman, dont nous partageons l’émotion. Nous entrons, le temps d’une représentation, dans l’absurdité et la violence de la guerre, à l’inverse des personnages du roman, qui eux veulent échapper, le temps de quelques actes, à la réalité du conflit.

Le collectif Les Sans Lendemain

Créée en 2015, la troupe se compose de sept comédiens, d’une musicienne et d’une metteur en scène. Le Quatrième Mur est leur première adaptation, première création collective et première mise en scène. L’activité de la troupe peut être suivie sur leur page Facebook.

La MPAA

La Maison des Pratiques Artistiques Amateurs, établissement culturel de la Ville de Paris, a un programme très varié. N’hésitez pas à consulter le calendrier de leurs évènements, qui sont, pour la plupart, gratuits sur réservation !

Quant au livre de Sorj Chalandon, vous le trouverez aisément en librairie !

 

Photo : © Mathieu Ramona

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